MENU PRINCIPAL
CONNEXION
QUI EST EN LIGNE
4 utilisateur(s) en ligne
(dont 1 sur Articles)

Membre(s): 0
Invité(s): 4

plus...

concerts : J'ai revu Lofofora
Posté par abFab le 1/6/2005 9:45:43 (3658 lectures)
concerts

(Lofofora à l'Empreinte, Savigny-le temple, jeudi 26 mai 2005).

Putain 10 ans. Sans déconner. En allant voir Lofo à l'empreinte jeudi dernier, je me demandais à quand cela remontait la dernière fois que je les avais vu. 10 ans. Pas exactement mais pas loin. Bon disons que c'était au Bokunu à Toulouse, et que les mycologues métalleux (pour les cancres qui auraient séché les cours de spores, lofofora est le nom d'un champi hallucinogène... maintenant taisez-vous, l'ami cause) venaient de sortir leur deuxième album (au doux nom de "Peuh"... alors certes c'est pas terrible, mais ça permet déjà de le distinguer du premier album qui n'avait pas de titre.. on pourrait d'ailleurs clairement analyser à l'aune du darwinisme l'évolution dénominative de la discographie du groupe, "peuh" représentant une sorte d'état linguistique primitif amené à évoluer vers des formes lexicales civilisées ce dont tout le monde se fout) (grave). Ils venaient donc de sortir leur deuxième album, ce qui nous ramène en 96 (c'est un peu comme 69 mais à l'envers). Et je m'étais fait chier à ce concert.

C'est bien simple, je les avait vu un an plus tôt et ça m'avait troué le cul (depuis j'y mets mes doigts et j'ai beaucoup de mal à les sortir). Gratentour Festival, Reuno assurait le spectacle, charismatique mais sans surjouer ; plus leader politique que gourou sectaire. Un set ultra péchu, un pogo quasi ininterrompu, un jeu de scène qui de plus ce soir là a confiné au théâtre. Un mec avait paumé son larfeuille, Reuno improvise un message solidaire genre "on est pas là pour se braquer entre nous bla bla".. c'est certes consensuel, mais dans l'action ça l'a fait grave. Autre interlude, Reuno harangue la foule, "c'est bien de venir aux concerts, mais c'est mieux de se bouger le cul, alors vous voyez ces tables de presses", en désignant les stands, entre autres, de la CNT, des JRE, de la FA, "allez les voir, discutez, militez, allez dans les asso!" (c'est de mémoire, mais grosso modo l'esprit du speech y est).
Quelques mois plus tard au Bikini, le groupe est méconnaissable. Ce n'est certes que mon avis, mais en même temps c'est moi qui l'écrit ; on ne peut m'accuser de tromperie sur la marchandise. Reuno fait les gros yeux de prédicateur pendant qu'il chante, mais parallèlement le discours a disparu entre les morceaux. Le rythme est ralenti, alourdi, "No Facho" est joué façon reggae insupportable qui n'en finit pas. Et dans la salle, je m'emmerde. Lofo avait trouvé son style et c'était pas dans mon domaine d'appréciation.
Le premier album, éponyme, est un véritable concentré de tubes ; méchant, hargneux, d'un sauvagerie parfois outrancière, d'"Holiday in france" à "Nouveau monde" en passant par "Justice pour tous" et l'incommensurable "l'oeuf", rien n'est à jeter. De la pure bombe métal-rap. Puis "Peuh" est sorti, et même s'il contient une ou deux bombes enragées comme "Envie de tuer" (qu'ils ont joué à Nulle part ailleurs, devant un public légèrement interloqué voire un tantinet effrayé... mettez-vous à la place du public de base à qui un Reuno, les yeux exorbités, viens beugler à moins d'un mètre "SORTIR UN GUN! JUSTE POUR LE FUN !".. je me souviens farpaitement m'être dit que c'était peut-être pas le choix le plus judicieux à jouer en cette heure de grande écoute pour vendre l'album, mais d'un autre côté, faut avouer que c'était quand même couillu!),malgré quelques morceaux péchus, donc, le hit de l'album, "Amnes'history" va entériner la ligne musicale du groupe ; lourd et poisseux.
J'ai décroché. Faut avouer que les deux opus qui ont suivi "Dur comme fer" et "Le fond et la forme" n'ont pas dévié de cette ligne, ajoutant même certains côté foireux genre trips karmiques, le tout arrosé d'un discours totalement illisible avec des morceaux qui partent dans tous les sens et n'arrivent nulle part. Reste que le dernier album, "les choses qui nous dérangent" m'avait un peu titillé et ravivé mon intérêt pour le groupe. "Le pire" est de la bombe primale, un hit en puissance mais de bon aloi musical, "Accelère" pète bien, dans le genre primal primaire "Mondial parano" pose un bon vieux cri des famille, et "Buvez du cul" est un fort sympathique morceau de punk hardcore... bref ce dernier album semble moins poisseux et plus direct que les précédents. Bon, c'est pas les Ramones non plus. Mais il a tourné dans l'autoradio sans que ça me gonfle plus que ça. Bref j'avais un a priori plutôt positif sur le Lofo de maintenant, et c'est assez confiant que je garais mon AX pourrite(c) sur le parking de la gare, en face de l'Empreinte.

Il y avait pas mal de monde eut égard au prix de la place (pas loin de 15 euros, bordel, faut quand même pas déconner... mais je soupçonne une politique tarifaire étudiée pour filtrer la population... m'est avis qu'à ce prix là, la jeunesse avoisinante de la ville nouvelle ne va pas s'y divertir en masse) et à la soirée en semaine (un jeudi, donc). Arrivés un peu après 21h on avait raté Noxious Enjoyment... ce qui est passablement gonfle-figue vu que les Lofo n'ont investi la scène qu'aux alentours de 22h. On apprendra plus tard qu'en fait le grattiste et le basseux jouent aussi dans Noxious, ceci expliquant probablement l'interlude à rallonge, encore que c'est pas le jeu de scène des zigotos qui va leur bouffer un max de calories. Bon okay, c'est un peu langue de pute comme remarque, mais faut avouer qu'un mètre carré de terrain suffit amplement à l'épanouissement scénique des deux joueurs. Mais le gratteux est rigolo et sa mère était dans la salle, c'est Reuno qui l'a dit. Clap clap.
A un moment, forcément, ça démarre. Et là c'est le drame. Après avoir plutôt bien bouffé, on était en pleine digestion. Et je ne m'attendais guère à ce qu'ils nous balancent "l'Oeuf" comme ça, à blanc, paf. Forcement je pars au milieu du pogo, me prend un coup en traître pendant que j'aidais un mec à se relever, me vautre, suis relevé, mon oreille gauche percute un crane, le mien résonne (pour une fois me direz-vous, de quoi j'me plains...), ça enchaîne avec "Arraché", bien. Sauf que là, ma digestion est abattue en plein vol ; plus bouger, attendre patiemment que le désordre gastrique veuille bien s'auto-discipliner (vous en avez peut-être rien à foutre de mes problèmes intestinaux, mais sachez que Nietzsche aussi avait des problèmes intestinaux quand il pogotait après bouffer - z'avez qu'à lire "ecce homo" ça vous fera pas de mal tiens)... de toutes façons le concert plonge dans du Lofo classique. Lourd et poisseux. C'est pas inécoutable, mais c'est pas enthousiasmant (limite ennuyeux quoi). Reuno se contente de quelques grimaces, le minimum syndical en matière de gourou, une certaine lassitude, probablement de la fatigue aussi. Entre les morceaux, quelques échanges pas super inspirés avec le public... il faut dire ce qui est on attendait tous la petite allusion au référendum qui allait avoir lieu dimanche. Si vous lisez ce texte ne serait-ce que quelques mois après le 29 mai vous aurez probablement oublié le contexte, mais il est extrêmement exacerbé à l'heure du concert. Les partisans du "oui" au traité constitutionnel, sentant le vent du boulet, tirent leur dernières cartouches pathétiques tant elles sont fielleuses. Après des mois de gavage incessant en faveur du oui dans tous les journaux, télévisions, radios, la classe médiatique allait se prendre une grande claque de toute beauté dans la gueule. Le "non" ayant le vent en poupe dans les sondages, les oui-ouistes atrabilaires se lâchent ; voter "non" c'est voter fasciste. Minable. Paoli le matin sur France Inter "La victoire du non ferait elle le jeu de Le Pen?", Bromberger le soir, venait me vomir dans les oreilles pendant que je roulais vers le concert "le camp du non, qui rassemble une extrême droite xénophobe et nationaliste, et des partis de gauches ultra dont certains ayant de fort penchants staliniens" (de mémoire). Et allez ! "Les ignorant qui la ramène, les fastidieux qui s'la racontent, ces connards pour qui ils s'prennent? Ca m'énerve, vous schlinguez la honte!" éructe Reuno dans "Le pire". Morceau qu'on aurait bien aimé qu'il dédicace justement à tous ces "connards". Mais, las, Reuno n'en fit rien. Pas une pique, pas une vanne, que dalle. A trois jours d'une date quasi historique qui verra l'Europe entière chialer sur le refus hexagonal, Lofo nous fait un concert hors du temps.
Croyez pas (ou croyez-le, après tout, hein..) que je joue les moralisateurs, c'est juste que Lofo est probablement l'un des premiers groupes que j'ai vu tenir un "discours" en concert, et que ce jeudi soir, en sortant de l'Empreinte j'étais passablement déçu.

Format Imprimable Envoyer cet article à un(e) ami(e)

TOP DU JOUR

Il n'y a pas encore d'Article du Jour.

SUJETS
 Copyleft No© 2001-2003 :: infos (at) zone-mondiale.org :: Propagande.org